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Avant de prendre un chien, avez-vous vraiment réfléchi à ce que cela implique ?

Cynthia Jaton
8 août
9 min de lecture


Un chien peut rendre notre vie immensément plus riche. Mais il peut aussi la rendre plus complexe, moins libre et beaucoup plus exigeante. Avant de choisir un chien, il faudrait peut-être commencer par se demander si nous sommes réellement prêts à vivre avec lui.


Il y a une question que j'aimerais que l'on se pose beaucoup plus souvent avant d'accueillir un chien :

Est-ce que vous voulez vraiment vivre avec un chien ?

Pas simplement avoir un chien.

Pas avoir un chien parce que c'est mignon, parce que les enfants en rêvent, parce que vous venez d'acheter une maison ou parce que vous avez toujours grandi avec des chiens.

Mais réellement vivre avec un chien.


Parce que ces deux choses ne sont pas tout à fait les mêmes. Un chien n'est pas un objet que l'on ajoute à sa vie. C'est un être vivant qui va dépendre de vous pendant de nombreuses années et dont les besoins vont nécessairement modifier votre quotidien. Et je pense qu'avant de prendre cette décision, il faut avoir le courage de regarder cette réalité en face. Pour que vous sachiez réellement dans quoi vous vous engagez.

Un chien, ce n'est pas seulement du bonheur

Je travaille avec les chiens et je les aime profondément. J'ai toujours vécu avec eux. Je suis née dans cet univers : mes parents faisaient de l'élevage et les chiens ont toujours fait partie de ma vie. J'ai donc naturellement continué.

J'ai pris un chien...

Puis deux...

Puis trois...

Puis quatre.

Aujourd'hui, mes chiens occupent une place immense dans ma vie.


Et je vais peut-être dire quelque chose qui peut sembler contradictoire : je ne pourrais probablement plus imaginer ma vie sans mes chiens, mais lorsque je réfléchis objectivement à ma liberté, à mon temps et à mon confort, je pense que j'aurais probablement une vie plus facile et plus libre sans eux.


Cela ne signifie absolument pas que je regrette mes chiens. Ils m'apportent énormément : de la joie, de la complicité, des moments extraordinaires, une présence quotidienne et des expériences que je n'aurais probablement jamais vécues autrement.


Mais ils m'apportent aussi des contraintes. Et surtout, ils m'apportent une responsabilité qui ne disparaît jamais complètement.

C'est cette partie-là dont j'aimerais parler.


Mais il y a une question encore plus fondamentale : est-ce éthique ?



On parle beaucoup de responsabilité lorsqu'on décide d'avoir un chien. Mais je pense qu'il faut aller encore un peu plus loin.

Est-ce que le fait d'avoir un chien est éthique ?

La question peut sembler étrange. Pourtant, elle mérite d'être posée. Parce qu'un chien n'est pas un humain miniature. Ce n'est pas un enfant avec quatre pattes. Ce n'est pas un membre de notre société qui aurait simplement besoin d'apprendre les bonnes manières.


C'est une autre espèce. Avec d'autres besoins, une autre manière de percevoir son environnement, de communiquer et d'interagir avec le monde.


Et malgré cela, nous décidons de faire vivre cet animal dans notre monde. Nous choisissons où il habite, ce qu'il mange, quand il sort, avec qui il interagit et parfois même comment il doit se comporter.


C'est là que la question éthique devient intéressante.

Nous demandons à un animal de vivre selon les règles de notre société

Un chien ne comprend pas naturellement nos codes sociaux humains. Il ne sait pas qu'il faut rester tranquillement à côté de nous dans un restaurant, qu'il ne faut pas aboyer dans un immeuble ou que faire ses besoins dans le salon est socialement inacceptable.

Toutes ces règles sont les nôtres.


Nous vivons dans une société construite autour de normes humaines. Et lorsque nous accueillons un chien, nous lui demandons de s'y adapter. Nous attendons de lui qu'il puisse prendre l'ascenseur, marcher dans la rue, croiser des inconnus, supporter les voitures, les vélos, les enfants, les transports, les bruits et parfois rester seul plusieurs heures. Et surtout, nous attendons de lui qu'il se comporte correctement.


Mais “correctement” signifie généralement : correctement selon nos critères humains.

C'est une distinction fondamentale.

Quel serait le monde du chien, si nous ne décidions pas tout pour lui ?

Il est intéressant de faire un exercice de pensée.

Imaginez que nous n'ayons pas domestiqué les chiens. À quoi ressemblerait leur vie ?

Ils pourraient choisir où se déplacer, avec qui passer du temps, quand se reposer, quels endroits éviter ou quelles interactions accepter.


Bien sûr, la réalité est beaucoup plus complexe que cette vision. Les chiens ne vivraient pas nécessairement une vie meilleure sans humains, et leur environnement naturel ne peut pas simplement être comparé à celui des chiens domestiques. Mais cette réflexion permet de comprendre quelque chose d'essentiel :

la vie d'un chien domestique est profondément façonnée par les choix humains.

Nous avons sélectionné des chiens pour certaines caractéristiques. Nous les avons fait vivre avec nous, parfois pour travailler à nos côtés, parfois pour nous protéger ou nous accompagner, et aujourd'hui très souvent simplement pour partager notre quotidien.

C'est un privilège immense. Mais c'est aussi une responsabilité immense.


Le véritable enjeu n'est donc pas : “Comment faire obéir mon chien ?”



C'est peut-être là que ma vision du métier d'éducateur canin rejoint profondément cette réflexion. Si nous décidons de faire vivre un chien dans notre monde, la question ne devrait pas uniquement être : “Comment faire pour que mon chien s'adapte à ma vie ?” Mais aussi :

“Comment puis-je adapter ma vie pour que mon chien puisse réellement y vivre correctement ?”

La nuance est énorme. Nous lui demandons déjà beaucoup. Alors nous pouvons peut-être accepter de faire nous aussi quelques efforts.


Si mon chien a peur de quelque chose, est-ce vraiment à lui de simplement “s'habituer” ?

Si mon chien est épuisé, dois-je absolument continuer la promenade parce que j'avais prévu une heure de marche ?

Si mon chien ne supporte pas certaines interactions, dois-je lui imposer systématiquement ces rencontres parce que c'est pratique pour moi ?

Si mon chien ne supporte pas huit heures seul, dois-je considérer que le problème vient uniquement de lui ?


Ces questions n'ont pas toujours des réponses simples. Mais elles méritent d'être posées.

La responsabilité d'avoir un chien, c'est aussi accepter de faire des compromis

Nous avons choisi cette cohabitation. Pas le chien.

C'est nous qui avons décidé de faire entrer cet animal dans notre vie. Nous avons choisi le logement, le rythme de vie, l'environnement et, dans une large mesure, les conditions dans lesquelles il va évoluer.

Le chien, lui, doit s'adapter à tout cela.


Cela ne signifie pas que nous devons organiser toute notre existence autour de lui. Mais cela signifie que lorsque quelque chose ne fonctionne pas, il est intéressant de commencer par regarder ce que nous pouvons changer, plutôt que de chercher immédiatement ce qui ne va pas chez le chien.


Nous pouvons lui apprendre certaines règles. Nous pouvons lui demander de faire des efforts pour pouvoir vivre en sécurité dans notre société. Mais nous pouvons également faire des compromis de notre côté.

C'est parfois choisir une promenade plutôt qu'une grasse matinée, modifier une sortie, renoncer à une destination de vacances ou organiser différemment une journée.

Ce n'est pas nécessairement un problème.


C'est simplement le prix de la responsabilité que nous avons choisie.

Vous êtes responsable d'un être vivant que vous avez choisi, pas l'inverse

C'est une idée que j'aimerais vraiment que l'on garde en tête.

Le chien n'a pas choisi cette vie.

Il n'a pas choisi de vivre avec vous, dans votre environnement, selon votre rythme et vos règles. Vous avez choisi pour lui.


Cela ne signifie pas que vous devez tout lui permettre ni que ses besoins doivent toujours passer avant les vôtres. Mais cela signifie que lorsque quelque chose ne fonctionne pas, il est intéressant de commencer par se demander :

“Qu'est-ce que je peux changer pour améliorer sa situation ?”

plutôt que : “Comment faire pour que mon chien arrête de me déranger ?”


Cette différence peut sembler subtile. Elle ne l'est pas.

Un chien n'est pas un accessoire de la vie parfaite

Et c'est là que je reviens à quelque chose de plus large.


Dans notre société, il existe une sorte de scénario implicite de la vie réussie :

  • Trouver quelqu'un.

  • Construire une famille.

  • Avoir un ou plusieurs enfants.

  • Acheter une maison.

  • ... Et avoir un chien.


Comme si toutes ces choses formaient naturellement un ensemble. Comme si le chien était l'une des pièces nécessaires du puzzle. Mais ce scénario n'est pas une obligation.


Vous pouvez être heureux sans chien.

Vous pouvez avoir une famille sans chien.

Vous pouvez vivre dans une maison sans chien.

Vous pouvez être parfaitement épanoui sans jamais avoir la responsabilité d'un animal.


Et surtout :

vous pouvez aimer les chiens sans avoir besoin d'en posséder un.

Un chien, c'est une responsabilité qui ne disparaît jamais complètement


Un chien ne peut pas être mis sur pause. Il y aura toujours quelqu'un à qui penser.


Même lorsque vous partez en vacances. Même lorsque vous êtes malade. Même lorsque vous êtes débordé. Même lorsque vous avez envie de spontanéité. Même lorsque votre chien devient vieux ou malade.


Et c'est là que je reviens à ma propre expérience. Avec mes chiens, je me demande régulièrement :

  • Comment améliorer leur quotidien ?

  • Comment les rendre heureux ?

  • Est-ce que leurs besoins sont réellement satisfaits ?

  • Est-ce que cette situation leur convient ?

  • Est-ce que je pourrais faire quelque chose différemment ?


Ces réflexions sont précieuses. Mais elles représentent aussi une charge mentale.


Parce que lorsque vous commencez réellement à considérer votre chien comme un individu avec des besoins complexes, vous ne pouvez plus simplement vous dire : “Il a à manger, un toit et une promenade, donc tout va bien.”


Vous commencez à vous demander s'il va réellement bien. Et cette responsabilité est belle. Mais elle est réelle.

Un chien, c'est aussi accepter les jours difficiles

Un chien peut être malade.

Il peut avoir peur.

Il peut être réactif.

Il peut ne pas supporter la solitude.

Il peut détruire des choses, tirer en laisse ou développer des comportements qui rendent le quotidien compliqué.

Et parfois, malgré tout ce que vous faites, la situation reste difficile.


La responsabilité consiste alors à chercher à comprendre, à se faire accompagner, à adapter son environnement et à chercher des solutions.


Et surtout, à ne pas considérer le chien comme un problème dont il faudrait se débarrasser dès qu'il cesse de correspondre à l'image que nous avions imaginée.

Un chien compliqué reste notre responsabilité.

Cela signifie qu'avant de prendre une décision radicale, il faut chercher à comprendre, à être accompagné et à considérer sérieusement les besoins de l'animal. Et parfois, après avoir tout essayé, il peut être nécessaire de reconnaître qu'une autre famille conviendrait mieux au chien. Mais cette possibilité ne devrait jamais être le plan prévu dès le départ.

Et lorsque votre vie change ?

Elle changera. C'est presque inévitable.


Vous pouvez avoir un enfant, changer de travail, déménager, vous séparer, rencontrer quelqu'un, avoir moins d'argent, moins de temps ou simplement avoir envie de vivre autrement.

Votre chien, lui, n'a rien demandé à ces changements.

Alors avant de prendre un chien, il faut se poser une question très simple :

“Que se passera-t-il pour lui si ma vie ne ressemble plus à celle d'aujourd'hui ?”

Alors, quand est-ce le bon moment pour prendre un chien ?

Peut-être lorsque vous êtes capable de répondre honnêtement à ces questions :

  • Ai-je réellement le temps ?

  • Ai-je l'énergie nécessaire ?

  • Puis-je financièrement assumer les imprévus ?

  • Suis-je prêt à adapter ma vie à ses besoins ?

  • Que ferai-je lorsqu'il sera malade ?

  • Que ferai-je s'il devient compliqué ?

  • Suis-je prêt à chercher de l'aide ?

  • Que se passera-t-il lorsque ma vie changera ?

  • Est-ce que je suis prêt à faire des compromis pour un animal qui, lui, n'a jamais choisi cette vie ?


Et surtout :

Est-ce que je veux vraiment vivre avec un chien, ou est-ce que je veux simplement l'image de la vie que représente un chien ?

Pourquoi est-ce que j'ai quatre chiens alors ?


Parce que je les aime du plus profond de mon coeur.

Parce que j'ai grandi avec eux.

Parce qu'ils font partie de moi.

Parce qu'ils m'apportent une richesse émotionnelle que je ne voudrais pas perdre.


Mais si je prends un peu de recul et que je regarde uniquement ma liberté, mon temps, mes possibilités, mes vacances, mes décisions quotidiennes et ma charge mentale…

je pense sincèrement que ma vie serait probablement plus simple et plus libre sans chiens.

Et pourtant, je ne pourrais plus imaginer ma vie sans eux. C'est peut-être cela que j'aimerais vraiment vous transmettre.

Un chien peut rendre votre vie immensément plus riche et immensément plus compliquée en même temps.

Il peut vous apporter énormément de bonheur. Et vous demander énormément en retour.


Alors ne prenez pas un chien uniquement parce que vous avez envie de ce bonheur. Prenez-le seulement si vous êtes également prêt à assumer tout ce qui vient avec. Parce qu'un chien n'est pas une étape obligatoire de la vie. Ce n'est pas un accessoire. Ce n'est pas un enfant. Ce n'est pas un objet. C'est un animal d'une autre espèce que nous avons choisi de faire entrer dans notre monde.


Et puisque c'est nous qui avons fait ce choix, la moindre des choses est peut-être de nous demander, avant de lui imposer notre mode de vie :

“Que suis-je prêt à faire, moi aussi, pour que cette vie soit réellement bonne pour lui ?”

Si vous n'êtes pas prêt à vous poser cette question, alors peut-être que vous n'êtes simplement pas prêt à avoir un chien. Et ce n'est pas grave.


Ne pas prendre un chien peut parfois être l'une des décisions les plus responsables et les plus respectueuses que l'on puisse prendre.


“J'aime tellement les chiens que j'en ai quatre. Et justement parce que je les aime, je voudrais que vous réfléchissiez très sérieusement avant d'en prendre un.”

1 commentaire


liliana.neves
19 août

Merci pour cet article très intéressant, qui donne réellement à réfléchir.

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